Nous continuons cette série en nous penchant sur l’essence de Jonetsu : les conférences. Comment se passent leur préparation, le choix des thèmes et le démarchage des intervenants ?
Objectifs généraux
Avant de vous décrire ses processus, parlons de la mission générale de l’équipe conférence.
L’ensemble de son activité consiste à construire des ponts entre le public et les différents et différentes protagonistes de l’animation et du manga. Souvent, ces deux entités ne réalisent pas ce qu’elles peuvent s’apporter l’une à l’autre. Certains sujets, certains métiers même, sont complètements inconnus du grand public, qui ne risque donc pas de demander de lui-même qu’il soit traité. Certaines personnes travaillant dans le domaine ou PASSIONNÉES sont quant à elles à des lieues de penser que leur activité puisse être intéressante, ou de se considérer capables de tenir une conférence.
Le rôle de l’équipe conférence consiste donc à chercher des sujets intéressants, trouver des personnes pour en parler et les accompagner. Mais elle doit aussi et surtout créer un cadre pour que le courant passe le mieux possible entre les conférenciers et conférencières et le public.
Recherches de sujets
Tout au long de l’année, l’équipe réfléchit à des thèmes qui pourraient être intéressants à aborder. Cela peut sembler être un travail conséquent, mais les sujets pertinents et les personnes pour en parler peuvent se trouver dans des endroits où on ne les attend pas. Il faut juste être alerte quand une opportunité se présente, nous réalisons donc une veille passive en permanence.
Entre chaque édition, nous faisons un tour des sujets que nous aimerions aborder, de quelle façon, et s’ils sont susceptibles d’être intéressants. Les sujets les plus convaincants sont choisis ; les autres sont soit mis de coté pour une édition suivante, soit abandonnés faute de pertinence.
Une règle prédomine : le sujet doit être pointu et précis.
L’idée derrière cette exigence est simple : pour traiter un sujet bien précis, l’intervenant ou l’intervenante sera obligé de poser quelques bases plus larges pour ne perdre personne en route. C’est une façon de nous assurer de pouvoir contenter tous les publics, néophytes comme confirmés.
Nous avons fait le choix de ne pas avoir de thématique générale propre à chaque édition et dont on explorerait les différentes facettes. Cela nous permet de rester flexibles en fonction des personnes invitées que nous pouvons recevoir : de nombreuses conférences patientent en effet plusieurs années avant que leur intervenant ou intervenante ne soit disponible pour venir parler à Jonetsu. Par exemple, depuis notre toute première édition, nous discutions de diverses possibilités de conférences avec Ahmed Agne. Mais ce n’est que quatre ans plus tard, pour Jonetsu Ⅳ, qu’il a pu venir présenter « Les dessous de la méthode Ki-oon » !
Recherche d’intervenants et d’intervenantes
En général, ce n’est qu’après avoir choisi le thème que se pose la question de qui pour en discuter : avoir une idée de conférence, c’est bien, mais trouver la personne adéquate pour en parler au public n’est pas toujours simple. Par exemple, pour la conférence « Bruitage et sound design dans l’animation » de Jonetsu 3.33, nous voulions trouver une personne francophone ayant travaillé dans l’animation japonaise en sound design. Pas évident ! Nous avons finalement trouvé des intervenant et intervenantes potentiels lorsqu’un membre de l’équipe s’est souvenu que les personnes à ce poste sur Little Witch Academia étaient françaises.
Le démarchage s’effectue principalement par e-mail, parfois par téléphone, ou encore à travers des réseaux professionnels. Un peu de persuasion est parfois nécessaire : il a par exemple fallu insister pour convaincre Séverine Varlette qu’une conférence sur les métiers de gestion de la production intéresserait le public. Nous étions pourtant tous scotchés lorsqu’elle nous décrivait ce qu’elle faisait autour d’un chocolat chaud.
Dans le cas de nos intervenants japonais et intervenantes japonaises, nous les rencontrons le plus souvent en personne en amont de la convention pour mieux les accompagner.
Il est toutefois possible que nous ayons d’abord un contact et réfléchissions ensuite à des idées de conférences. Par exemple, Yukio Takatsu nous a été présenté par une connaissance de l’association. À la lumière de son profil d’animateur spécialisé, nous avons ensuite travaillé avec lui sur une conférence sur la création de génériques.
Élaboration des conférences
Une fois les intervenants et intervenantes bien définis, nous élaborons ensuite le contenu de la conférence, sa durée et son format en dialoguant avec eux. La forme de la conférence sera déterminée en fonction du sujet et du temps que les personnes intervenantes peuvent lui consacrer avant les dates de la convention.
Nos formats usuels sont les suivants :
Présentation

Un-e ou plusieurs intervenants-es présentent un propos construit en s’appuyant sur un support audiovisuel.
Interview

Un-e ou plusieurs intervenants-es sont questionnés par un présentateur.
Table ronde

Débat entre plusieurs intervenants-es animé par un médiateur.
Si l’intervenant ou l’intervenante a suffisamment de temps à consacrer à la préparation de sa conférence, il ou elle pourra alors se tourner vers une présentation en autonomie. La personne se doit alors de gérer son temps comme elle l’entend, même si nous serons toujours là pour l’aider si elle nous sollicite. Certains intervenants ou intervenantes veillent tard pour fignoler leur contenus : la conférence sur le Sakuga de Marc Aguesse et Yann le Gall lors de Jonetsu 1.0 leur a coûté quelques points de sommeil par exemple.
Si la personne n’a pas le temps de préparer beaucoup de choses par elle-même et que le sujet s’y prête, nous nous tournerons vers un format interview. Nous dialoguons alors avec elle et préparons ensemble une liste de questions autour de la thématique à aborder. Cette liste est fixée en amont de la convention pour qu’elle puisse y réfléchir. Elle peut aussi apporter du matériel pour illustrer ses réponses. Lors de Jonetsu 666, c’est via ce format que la mangaka honkongaise YANAI est venue nous parler de la réalité de son métier en Chine et dans le contexte des récents mouvements sociaux.
Enfin, si l’on dispose de plusieurs intervenants ou intervenantes avec des points de vue divergents sur une question, des expériences différentes ou qui exercent dans des domaines distincts, nous privilégierons un format table ronde. Le but est alors moins d’apporter des données factuelles au spectateur que de le faire réfléchir à une problématique définie.
Bien entendu, ces formats sont des guides que nous utilisons pour définir les grandes lignes mais la réalité de la création de conférence est souvent plus composite. La table ronde se prête par exemple également très bien au retour d’expérience de différents intervenants qui ont travaillé sur un même projet. Dans la conférence sur le Bilan de la production du film Mars Express, nous avons ainsi pu faire dialoguer : réalisateur, responsable du layout, animatrice, sound designer et artiste-décors !
Il faut parvenir avec le conférencier ou la conférencière à une forme cohérente, servant au mieux son propos. Parfois, cela donne une conférence fleuve ; parfois, on préférera traiter le sujet en un temps relativement court et laisser davantage d’espace aux questions-réponses avec le public.
Ce qui nous importe le plus au final, c’est qu’il y ait un réel échange, et que quelque chose passe entre le public et les personnes qui interviennent. Car nous sommes convaincus que chacun en tirera bénéfice.
Et puis enfin, certains partenariats émergent au moment où on s’y attend le moins ! Suite à une collaboration fructeuse avec M. TABATA lors de Jonetsu 5555, le studioTRIGGER a eu écho du très bon acceuil qu’on lui avait réservé et sont venus eux-même nous chercher !
Passé le moment de surprise, en discutant avec la productrice du studio, Mme TSUTSUMI, nous nous sommes peu à peu rendu compte qu’elle avait parfaitement compris le projet Jonetsu et était visiblement très intéressée par l’angle que nous proposions pour nos conférences. C’est une réelle fierté pour nous de voir notre démarche ainsi validée par un studio largement reconnu, et pour lequel nous avons un attachement tout particulier.
Rencontres et dédicaces
Dans cette même optique, nous cherchons en permanence de nouvelles possibilités d’interaction des intervenants et intervenantes avec le public, hors des seules interventions sur scène.
Depuis Jonetsu Ⅳ nous sommes parvenus à trouver une formule qui nous convienne (et semble convenir au public de Jonetsu également!) : l’étage de l’Agoreine est certes assez restreint, mais offre justement ce lieu à l’écart du tumulte de la convention afin d’acueillir rencontres et dédicaces avec le public.
Dans les deux cas, nous avons mis en place un système de coupons à venir retirer le jour même, sur la base du « premier arrivé, premier servi », et avec une limite d’une dédicace et une rencontre par personne afin de donner sa chance à tout le monde. Nous affinons le système à chaque édition et la formule actuelle est plutôt bien rôdée. Toutefois, jauger le nombre exact de créneaux de dédicaces s’avère toujours une tâche ardue où il faut jongler entre ni trop peu, pour éviter de créer un pur effet de rareté, ni trop, pour ne pas épuiser les conférencières et conférenciers ; et puis ne pas non plus leur donner l’impression que le public n’est pas tellement demandeur de leur présence.
Du côté des rencontres, elles se font toujours dans une ambiance cordiale où le public a l’occasion de poser, à tour de rôle, des questions en petits groupes d’une dizaine de personnes. Un membre de l’équipe conférences de Jonetsu est également présent afin de s’assurer de la modération et d’une distribution de la parole équilibrée.



Parfois cependant, la PASSION l’emporte : lors de Jonetsu 3.33, deux heures de dédicaces étaient prévues pour Stanislas Brunet. Au final il y est resté plus de quatre heures, refusant d’arrêter, afin de satisfaire au mieux le public venu lui demander un dessin.
Planning des conférences et rencontres
Une fois les sujets définis, les conférences bien cadrées et les détails annexes réglés, il nous reste encore à placer tout ça dans le programme de la convention.
Les choses ne sont pas forcément simples, car il faut jongler entre différents paramètres :
- La pertinence de l’horaire vis-a-vis du public : par exemple, placer une conférence phare à 10h le matin ne serait pas des plus efficaces.
- La disponibilité des intervenants et des intervenantes : certaines personnes ne sont disponibles qu’à des horaires bien précis.
- La cohérence avec ce qu’il se passe d’autre dans la convention : ce serait dommage que la conférence qui attire le plus de monde masque une activité phare dans la grande salle.
- La technique et la logistique : certaines conférences ou projections nécessitent une mise en place technique particulière, ou nécessitent du temps de préparation logistique.
Pour les concilier, l’équipe conférence dispose d’un planning unifié où sont placés tous les grands aspects du contenu de la convention.
Elle dialogue aussi beaucoup avec les autres équipes : activités, stands, logistique et technique. Chaque placement de conférence et d’activité est ainsi le fruit d’une réflexion commune.
Vous aurez sûrement remarqué que les conférences créées et animées directement par des membres de l’association Nijikai sont le plus souvent placées en tout début de programme. Cela nous permet d’aborder les premiers soucis techniques et logistiques qui se présenteront sur une conférence « maison », plutôt qu’ils ne viennent gâcher la présentation d’une personne extérieure à l’association.
Une fois ce planning général décidé et figé, il est transmis à l’équipe communication. Elle le mettra en forme pour créer les panneaux d’affichage des différentes salles et des programmes à distribuer au public.
Vous connaissez maintenant un peu mieux le travail de l’équipe conférences. Si vous travaillez dans le milieu de l’animation, de l’édition, de la distribution, ou même un amateur éclairé et que vous souhaitez participer à une conférence à Jonetsu, n’hésitez pas à nous contacter.
À bientôt pour un nouvel épisode de cette série d’articles !









